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Personnage
Née dans une noble famille de Mingting, elle est la jeune et brillante dirigeante de la Maison de commerce de Zhaoming. Munie d'un éventail aquatique, elle tisse les contrats commerciaux en une vaste toile d'échanges. Si elle ne manie pas le sabre, son génie du commerce n'en œuvre pas moins à édifier une paix durable dans le monde.
[Rapport évaluatif de Forte RA1034-G] La Marque taciturne du sujet se trouve au centre de son front. Elle se manifeste par la capacité unique de résonner avec les corps aquatiques à proximité, lui permettant de percevoir des trajectoires fluides et un potentiel cinétique dans l'eau à l'état liquide. Elle peut ainsi condenser l'humidité ambiante, la pluie ou les rivières pour former un domaine aquatique contrôlé. Elle transforme les averses diluviennes en petite bruine et les torrents violents en eaux calmes. La fréquence de résonance du sujet contient une harmonie esthétique puissante. Lorsque son énergie résonatrice est utilisée, son éventail aquatique et ses manches se déploient et ondulent, entrelaçant des paysages au milieu de vagues brumeuses, comme si un immense parchemin d'une œuvre magistrale prenait vie dans le monde réel. Sa courbe de Rabelle présente une trajectoire régulière et lisse vers le haut, avant de se stabiliser en un plateau élevé. Elle est considérée comme Résonatrice naturelle. « La fréquence est quasiment totalement dénuée de turbulence ou de fracture, maintenant une stabilité constante tout du long… Hmm, elle reflète à la perfection le tempérament du sujet. » - Extrait d'un entretien avec un médecin de l'Académie de Huaxu
Le graphique des ondes du sujet présente une forme elliptique circulaire, régulière et harmonieuse. Le tracé global est propre et uniforme, sans signe de rupture ou d'interférence anormale. Résumé du diagnostic : Le sujet présente un seuil d'overclock faible, associé à une capacité élevée et stable de résister aux fréquences de résonance. Aucun risque de hausse explosive. Les précédents relevés ne montrent aucun antécédent d'Overclocking. D'après l'analyse globale du profil, l'individu présente un ancrage psychologique profond, une résilience émotionnelle exceptionnelle et un degré élevé de maîtrise de soi.
Née dans une noble famille de Mingting, elle est la jeune et brillante dirigeante de la Maison de commerce de Zhaoming. Munie d'un éventail aquatique, elle tisse les contrats commerciaux en une vaste toile d'échanges. Si elle ne manie pas le sabre, son génie du commerce n'en œuvre pas moins à édifier une paix durable dans le monde.

Suisui - Tenue par défaut
La tenue favorite de Suisui lorsqu'elle mène ses affaires : un qipao aux éclats d'or et de vert jade, dont les bordures de plumes ondulent comme le soleil dansant sur l'eau. C'est dans cette robe qu'elle a sillonné monts et rivières, explorant un monde dont la vastitude n'a d'égale que la splendeur.
Les journées printanières s’étiraient, douces et paisibles. Dans la cour de Mingting, les fleurs s’étaient épanouies, d’une beauté éclatante. Suisui était avachie sur son bureau, un pinceau dans la main et une trace de peinture ocre sur la joue. Après avoir peint des heures durant, elle se leva pour admirer son chef-d'œuvre : un amas de bleus, de verts et de rouge foncé. Il était difficile de savoir ce que cela représentait, mais il en émanait une chaleur agréable. Satisfaite de son travail, Suisui arracha la feuille et sortit en trombe. « Yangyang ! Yangyang… » En un rien de temps, la feuille avait atterri dans les mains de Yangyang. Suisui s'appuya contre la table de qin et fixait sa sœur. « Sauras-tu deviner ce que ça représente ? » Yangyang étudia le dessin et, du bout des doigts, elle effleura une tache dorée à droite, puis une autre blanche à gauche. « Ce sont deux petits oiseaux blottis l'un contre l'autre ». Le regard de Suisui s'illumina. Elle tapa sur la table. « Exactement ! Ce sont des oiseaux ! Je savais bien que les adultes étaient aveugles ! Ils n'arrêtent pas de dire que ce sont des poussins ! » « N'importe quoi ! » Yangyang posa le dessin et pencha la tête. « La queue d'un petit poussin s'affaisse. La leur remonte. » « Tout à fait ! » Suisui désirait plus que tout enlacer sa sœur et la faire tournoyer. « Tu es la seule à comprendre mon art. » Malgré les éloges, Yangyang ne répondit que par un doux sourire. Elle pointa du doigt la tache dorée sur la droite : « Celui-là, c'est toi, sœurette ? » « Hmm-hmm ! À droite, c'est moi et à gauche, c'est toi ! » Suisui se pencha un peu plus et, pointa l'oiseau blanc avec le manche de son pinceau. « Tu vois, il est fragile. Comme toi. » C'est ainsi que les printemps de leur enfance passèrent. Dehors, des amas de fleurs roses et blanches pesaient sur les feuilles vertes. Dès qu'une brise soufflait, des pétales s'envolaient pour atterrir sur la table de qin, sur les dessins des fillettes et dans leurs cheveux. Des rayons de soleil doux baignaient la cour d'une nuance dorée. Les oiseaux chantaient sous les auvents, mêlant leurs gazouillis aux notes que jouait Yangyang sur son qin. Suisui se prélassait sous la véranda, levant son dessin vers le ciel pour observer les couleurs se mélanger à travers la feuille. Les journées passaient lentement à l'époque. Les ombres avançaient petit à petit, emportant les après-midi. Puis, avant que quiconque ne puisse s'en apercevoir, de nombreux printemps avaient déjà filé.
À l'arrivée de l'été, l'air dans la cour était aussi lourd qu'à l'intérieur d'une cocotte-minute. Le chant obstiné des cigales montait en puissance du matin jusqu’au soir. Même les lotus, dans l’eau stagnante sous l’auvent, s’amollissaient, épousant l’humeur de Suisui. Affalée sur le rebord de la fenêtre, elle fixait le ciel lessivé par le soleil. Derrière elle, Yangyang jouait du qin, répétant pour la septième ou huitième fois la même mélodie, dont les notes se noyaient dans l’épaisse chaleur. En l'écoutant, Suisui eut l'impression que son propre cerveau allait fondre, comme la musique. « Sors-tu, sœurette ? » Yangyang marqua une pause lorsqu'elle entendit sa sœur se lever. « Oui, je vais à la rivière. » Suisui lui lança un sourire par-dessus son épaule, ses longs cheveux flottant sur sa veste. « Il y a plus d'air, là-bas. J'étouffe ici. » « Mais le soleil est aveuglant. » « Ça ne va pas me tuer. » Le son de sa voix s'estompait déjà alors qu'elle tournait au coin du mur. La berge était proche, à peine deux allées plus loin. Alors que Suisui marchait rapidement, elle tapotait en rythme son éventail pliable contre la paume de sa main. Au moment où elle arriva sur les bords de la rivière, une douce brise humide la salua, chargée du parfum des roseaux. Les quais étaient animés. À un étal voisin, un marchand d'âge mûr faisait claquer les boules de son boulier tout en énonçant les chiffres, ligne après ligne. Fascinée, Suisui s'approcha. Ses lèvres remuaient à peine tandis qu'elle suivait mentalement les calculs au même rythme que lui. Lorsque le marchand plaça la dernière boule et qu'il releva la tête, il eut le souffle coupé, surpris par son regard vif et concentré. « D'où sors-tu, petite ? » « Gérant Liu, ça fait un total de trois cent vingt-sept rouleaux d'étoffe, n'est-ce pas ? » lança Suisui, ignorant totalement sa question. Le gérant Liu jeta un œil à son livre de comptes avant de la regarder, esquissant un sourire sous sa moustache. « Tu as suivi mes calculs ? » « Pas besoin, j'ai fait les calculs de tête pendant que vous énonciez les chiffres à haute voix », répondit Suisui avec un sourire, très sûre d'elle. « Quant à ce lot de feuilles de thé, il pesait cent six jin et demi, c'est ça ? Je l'ai entendu en passant devant. » Le gérant Liu posa son boulier pour examiner la fillette. « Dis donc, tu as l'esprit vif. Ça te dirait de venir travailler dans ma boutique ? » « Tout dépend de ce que vous allez me payer. » Les témoins de la scène éclatèrent de rire. Le gérant Liu laissa, lui aussi, échapper un petit rire, en lui donnant une petite tape avec son éventail. « Bon, petite cheffe, va-t'en. Ne viens pas perturber mon commerce. » Amusée, Suisui s'éventait en s'éloignant vers l'étal d'herbes voisin. Par curiosité, elle demanda au propriétaire pourquoi il n'avait pas emprunté les routes terrestres pour gagner du temps. « Les routes terrestres sont plus rapides, mais elles secouent », expliqua patiemment le commerçant. « Les herbes ne supportent pas les chocs. Si elles finissent en miettes pendant le trajet, elles ne valent plus un sou. » Suisui prit une herbe pour la sentir et la reposa avec délicatesse. « Sept jours de bateau, trois jours sur la terre ferme. Mais une cargaison abîmée perd plus de la moitié de sa valeur, alors perdre un peu de temps pour une meilleure conservation, c'est un investissement plus judicieux. » Elle fit quelques calculs de tête, trouvant la logique du commerce absolument passionnante. Le soleil descendit peu à peu sous l'horizon et les foules le long du rivage commencèrent à se disperser. Les derniers navires de fret détachèrent leurs amarres, leurs voiles gonflées par la brise du soir tandis que leurs ombres longues glissaient sur l'eau dorée. Suisui s'assit sur les marches en pierre et posa son éventail. Elle inclina la tête en arrière, suivant les navires qui franchissaient les hauts-fonds pour traverser le cœur de la rivière avant de devenir de simples minuscules points noirs à la lisière du ciel. « Où vont-ils ? » Il n'y eut pas de réponse, mais elle la connaissait déjà. Ces navires transportaient des graines, des tissus et des herbes récoltés partout : au nord, au sud, dans les montagnes et près des côtes. Ils étaient prêts à traverser de vastes rivières et à gravir des montagnes pour atteindre des lieux reculés, où elle n'était jamais allée. « Un jour, je serai à bord d'un de ces navires. Je me tiendrai à la proue, la liste des cargaisons à la main. » Avant que l'obscurité ne tombe totalement, Suisui se leva et frotta sa jupe pleine de poussière. Les pierres étaient encore chaudes du soleil de l'après-midi. Elle se retourna pour jeter un œil à la rivière une dernière fois. Sous le vaste voile de la nuit, des lanternes éparses ponctuaient l'eau comme des étoiles. C'était d'une beauté à en couper le souffle : un monde en paix et une vie qu'elle aimait de tout son cœur.
Aux premiers frissons de l'automne à Mingting, le vent plaquait les feuilles jaunies contre les vitres avant de les emporter, comme si l'on tournait les pages d'un vieux livre. Yangyang s'apprêtait à partir pour Jinzhou pour devenir éclaireuse. Elle avait pris sa décision quinze jours plus tôt. Si personne dans la famille n'en parlait ouvertement, tous s'affairaient sans relâche, comme pour repousser son départ. Dans la pièce, Suisui aidait sa sœur à faire ses valises. Le coffre en bois de camphrier était resté ouvert toute la journée, et l'armoise séchée disposée au fond diffusait un parfum à la fois amer et pur. Un par un, elle secoua chaque vêtement de Yangyang avant de les plier avec soin. Dehors, un insecte gazouillait occasionnellement, comme pour ne pas céder à l'arrivée de l'automne. La lumière du soleil, chargée de l’odeur du camphrier, vint caresser la main de Suisui. Quand elle leva les yeux, son regard s’attarda sur le pilier central de la salle. De la hauteur de ses genoux à celle de ses oreilles, le bois portait les stries d’entailles superposées, rangée après rangée. Les deux plus basses étaient celles de Yangyang, gravées à sept et neuf ans. Son père les avait tracées d’une main légère, craignant de blesser sa fille. Suisui se rappela qu’à l’époque, Yangyang parvenait à peine à se tenir droite, s’adossant au pilier pour ne pas vaciller. Pourtant, toute menue déjà, elle était d’une gentillesse infinie, et Suisui en éprouvait au fond d’elle-même une fierté discrète. Oui, c’était bien elle, sa petite sœur adorée. Un peu plus haut se trouvait le repère de taille de Suisui. Elle avait quatorze ans à l’époque. Cette année-là, elle avait fait une scène pour quitter la maison et aller étudier la médecine. Son père, sans s’y opposer, lui avait simplement demandé de rester adossée à ce pilier pendant une demi-journée. En fixant les différentes entailles, elle se revit grandir, centimètre après centimètre. Elle prit conscience qu’elle avait grandi vite, et pourtant si lentement. Certes, elle avait gagné en centimètres, mais il lui restait tant à apprendre. Plus haut sur le mur, les traits de Yangyang se resserraient. Celui de l’hiver dernier, qu’elle avait tracé elle-même, arrivait presque à la hauteur de celui de Suisui. Au printemps, ils étaient exactement à la même hauteur. De la cour montaient des chants d’oiseaux. Suisui poussa la porte, et la tiédeur fugace du soleil d’automne lui caressa le visage. Sous l’auvent, un oiseau bleu s’envola d’une branche, détachant dans son élan quelques feuilles jaunies qui bruissèrent en tourbillonnant. Yangyang traversa la cour et s'arrêta sur les marches en apercevant sa sœur aînée sur la véranda. Elle la rejoignit, et Suisui lui sourit. « Quand pars-tu ? » « Demain matin. » Suisui laissa échapper un petit « Oh ». Elle voulut en dire plus, mais les mots se figèrent dans sa bouche. À la place, elle tendit le bras pour ajuster le col de la cape de Yangyang. Cette dernière resta patiemment immobile. Ce n'est que lorsque Suisui retira ses mains que Yangyang lui dit d'une voix basse : « Je reviendrai. » Suisui sourit. « File ! Les vents soufflent fort à Jinzhou. Prends soin de toi. » Yangyang acquiesça. Lorsque ses parents l'appelèrent, elle alla les rejoindre. Marchant lentement, bien droite, elle avait déjà la posture d'une éclaireuse. Une nouvelle fois, Suisui se retrouva seule. L'oiseau bleu revint se poser sur sa branche, gazouillant la tête bien haute. Les marches étaient recouvertes de feuilles fanées. Elle se pencha pour en ramasser une, se demandant dans quel livre elle allait la glisser, avant de réaliser que c'était sans importance. Après tout, l'automne finit toujours par passer. Suisui se releva. Au-delà des murs, lui parvint le hennissement d'un cheval, comme un écho provenant de Jinzhou. Elle savait que c'était impossible, mais elle resta là à tendre l'oreille pendant un bon moment avant de retourner dans la salle. Le coffre en bois de camphrier était toujours ouvert, attendant qu'elle le referme.
Il neigeait rarement à Mengzhou, mais cet hiver-là, une fine poudreuse avait blanchi le lac en une demi-journée. Le batelier ramait avec lenteur, en silence, comme pour ne pas altérer la sérénité des lieux. Assise à la proue, Suisui avait posé sur ses genoux un pot de porcelaine blanche. La vapeur qui s'en élevait se dissipait dans l'air frais. Elle versa une tasse à son invitée, avant de servir la sienne. Le clapotis ténu du thé contre la porcelaine était à peine perceptible, mais il suffisait à couvrir le bruit des rames fendant l'eau. Les négociations n'avançaient pas. La partie adverse refusait de plier et, depuis trois jours, les discussions s'enlisaient. Ce matin-là, Suisui avait proposé de mettre les différends de côté pour se retrouver sur le lac. L'invitée arriva avec un retard calculé, drapée dans une cape grise ; elle se contenta d'un signe de tête en montant à bord, tandis que le soleil amorçait sa descente. La petite embarcation dérivait lentement vers le centre du lac. Une légère brume s'étendait à la surface de l'eau, dissipant lentement les silhouettes des montagnes au loin. Dans un cadre aussi rare et tranquille, naturellement, Suisui n'évoqua pas les affaires. Toujours vive d'esprit et éloquente, elle engagea la conversation en évoquant sa ville natale. Elle parla de ses eaux si claires qu'on distinguait le moindre galet dans leur lit. Elle raconta sa jeunesse, lorsqu'elle observait les caravanes de marchands décharger leurs ballots sur les berges ; les sacs s'empilaient bien au-dessus d'elle, tandis que le cliquetis sec des boules du boulier rythmait l'air. Elle dépeignit le jour de son départ, sous une pluie fine qui brouillait les traits de ses parents, venus lui faire leurs adieux. Ces souvenirs lointains avaient traversé les années dans leur frêle esquif avant d'aborder les rives enneigées de ce lac de Mengzhou. « Plus je découvre ce monde, et plus je l'aime », murmura Suisui. « J'aimerais que les bonnes choses puissent arriver là où elles doivent être. Que le grain atteigne les terres frappées par la famine, les médicaments les malades, les tissus les plus démunis. Mais toutes ces choses ne peuvent arriver à destination toutes seules. Il faut bien que quelqu'un crée ce lien, et je ne veux pas en être juste spectatrice. » L'invitée ne dit mot. Elle se contenta de poser sa tasse sur ses genoux et de contempler la surface de l'eau. Suisui vit ses doigts se serrer puis se détendre contre la tasse, jusqu'à ce qu'un léger soupir s'échappe de ses lèvres. Lorsque le bateau accosta, la neige tombait plus dru, légère comme de délicats flocons de coton. Au moment de monter les marches en pierre, l'invitée la regarda et prononça enfin les mots : « Nous nous reparlerons demain. » Puis, levant son parapluie, elle disparut dans la tempête de neige. Observant la silhouette grise s'évanouir peu à peu dans l'étendue de neige, Suisui comprit que le vent avait tourné. Suisui demeura longtemps sur la rive avant de repartir. Elle logeait à l'est du lac et, lorsqu'elle passa le pas de sa porte, ses chaussures étaient trempées. Elle s'agenouilla devant la cheminée pour allumer un feu. Il y eut quelques étincelles avant que ça prenne, et très vite, la chaleur du charbon se répandit, chauffant ses mains gelées et son visage. Tandis que la neige continuait de tomber en silence dehors, elle s'adossa au foyer et sentit ses paupières s'alourdir. Dans son rêve, c'était l'été dans sa ville natale. Le soleil était éblouissant et l'air à l'intérieur des bâtiments était imprégné du parfum du bois ancien chauffé par le soleil. Des caravanes déchargeaient des briques de thé, les dockers portaient sur leurs épaules de lourds sacs de sel et le marchand laissait tomber des pièces de cuivre sur son comptoir dans un rythme plus doux que la musique. Haute comme trois pommes, la petite Suisui se tenait sous la fenêtre de la maison des comptes. Sur la pointe des pieds, elle était subjuguée par la scène qu'elle observait avec concentration, ignorant les appels de son nom. À l'époque, elle ne connaissait pas les mécanismes du commerce. Tout ce qu'elle savait, c'est que les choses les plus fascinantes au monde se déroulaient derrière cette petite fenêtre. Le marchand releva la tête, remarqua la fillette et sourit. Il sortit de son pot un vieux pinceau qu'il passa par la fenêtre. Suisui tendit la main pour le saisir. Le manche était plus épais que ses petits doigts et semblait lourd pour elle. Le serrant fermement contre elle, elle se redressa lentement sous la fenêtre. Soudain, le cliquetis des pièces en cuivre, le tintement des clochettes des mules, les cris des vendeurs et les chants mélodieux des dockers convergèrent vers elle, enveloppant sa petite silhouette. Elle sourit, ses yeux se plissèrent en deux petits croissants, remplis d'une joie qu'elle ne put contenir.
La nuit tombait sur les Terres de Xuanfang, tandis que le crépuscule gagnait doucement l'horizon. Suisui arpentait l'artère principale, ses pas résonnant sur les dalles de pierre bleu-vert. Les dernières lueurs ambrées baignaient encore la rue, où les lanternes, pas encore allumées, se balançaient sous les auvents. Un peu partout, les boutiques fermaient leurs devantures à l'aide de grands panneaux de bois ; les commerçants s'affairaient, allant et venant, tandis que leurs bribes de conversations se mêlaient à la douceur du soir. Suisui avançait entre les ombres mouvantes, sa silhouette s'allongeant démesurément sur le sol. Le Festival de l’Éveil de la Lune approchait à grand pas. Devant les échoppes, des piles de soieries colorées s’alignaient, tandis que les boutiquiers comptaient les rouleaux qu’ils rentraient. Un groupe d’enfants passa en trombe devant Suisui avant de s’arrêter net au coin de la rue. Les yeux écarquillés, ils restèrent à contempler une rangée de marmites mécaniques fumantes, l’eau à la bouche, puis s’éloignèrent à contrecœur, en jetant des regards furtifs par-dessus leur épaule. Suisui s'arrêta devant l'échoppe et jeta un coup d'œil à l'étalage. Le marchand y proposait des « Perles de brocart » : de tendres boulettes de viande, luisantes de jus, parsemées d'oignons nouveaux et soigneusement alignées dans leurs paniers de bambou. « Une portion de Perles de brocart, s'il vous plaît. » Le vendeur s'affaira avec entrain à préparer la commande. Suisui saisit le paquet encore brûlant, s'acquitta de la somme, puis déposa un petit pourboire en crédits-coquilles sur le comptoir. « Merci de préparer une portion pour chaque enfant qui vient de passer devant votre stand », demanda-t-elle, la voix légère alors qu'elle s'apprêtait à partir. « Inutile de leur dire que c'est de ma part. » Le vendeur cligna des yeux, surpris, mais lorsqu'il releva la tête, sa silhouette s'était déjà évaporée au milieu de la foule. Alors que la nuit tombait, les lanternes des salons de thé et des tavernes s'allumaient peu à peu, répandant une lumière chaude et dorée sur le pavé. Suisui avançait entre ces flaques de lumière, les mains prises par le sachet de boulettes de viande encore fumantes. Une mèche de cheveux, soulevée par le vent, vint lui barrer le visage, et elle n'avait pas une main de libre pour l'écarter. Soudain, elle s'aperçut qu'elle avait oublié son éventail aquatique. Pas de quoi s'affoler : un petit rire lui échappa. Après tout, elle n'avait que rarement l'occasion de l'utiliser. La véritable tempête, elle l'avait déjà traversée lors du siège de la Cité de Xuanfang. Désormais, la situation était stable, la paix revenue, et elle pouvait enfin se permettre de flâner dans les rues, observant les gens profiter d'une soirée parfaitement ordinaire. À cette pensée, elle accéléra inconsciemment le pas. Sa destination se situait de l'autre côté de la ruelle et du petit pont. Sa sœur l'y attendait, en compagnie d'une autre personne. Elle se demanda un instant si elle avait bien allumé les lumières, et si le plat serait à leur goût. Elle avait traversé les printemps et les étés à Mingting, où, plus jeune, elle courait dans les foules animées, cheveux au vent, le cœur émerveillé par l'opulence du monde. Elle avait traversé les automnes et les hivers à Mengzhou, naviguant dans les brumes matinales pour y négocier des affaires, et lisant seule, au coin du feu, les lettres des siens, lors de ces longues soirées enneigées. Et toutes ces saisons l'avaient menée à ce soir-là. Sous ses pieds s'étendait le chemin de Xuanfang. Elle apportait une surprise à ceux qui lui étaient chers. Suisui changea le sac de main, hâtant encore le pas. Le vent soufflait depuis le bout de la rue, et faisait battre ses manches dans la lueur diffuse des lumières de la ville. Éblouie, elle plissa les yeux sans jamais ralentir le pas. Le pont était juste là.
Avec cette pluie qui menace, les nuages sont sombres et la brume s’élève de l’eau… Alors, qu’est-ce que tu penses de cette ambiance humide et brumeuse aujourd’hui ? Quand je vais à Mengzhou pour le boulot, je vois souvent ce temps. C’est un peu différent de la Cité de Xuanfang, et ça n’a rien à voir avec les paysages de ma région natale… Peut-être que, dans ce monde, chaque averse est unique. Mais cette même pluie fine qui éclabousse aujourd’hui les pavés de pierre vert-de-gris, c’est bien elle qui m’est tombée dessus il y a des décennies. J’ai entendu sa voix m’appeler. Et depuis, l’eau m’obéit au doigt et à l’œil. Elle coule ou s’immobilise sur demande. Quand je pince l’air du bout des doigts, elle vient à moi, comme une vieille amie. Désormais, je marche sous la pluie sans parapluie ni abri. Les gouttes me connaissent, et moi, je les connais.
Quand je pense à ma ville natale, cela me ramène à mon enfance à Mingting. Tout y était si paisible sous la brise printanière de mars : l'herbe haute, le chant des oiseaux, et le ciel qui s'éclaircissait un peu plus chaque jour. Souvent, j'emmenais Yangyang faire voler des cerfs-volants. Je revois encore ce moment précis où le vent s'engouffrait dans la toile, la ficelle qui se tendait – comme si je venais d'attraper un nuage. Pour être sûr que mon cerf-volant monte plus haut que les autres, je courais aussi vite que possible.Le chant des oiseaux, le bruissement des feuilles et les rayons du soleil qui envahissaient la cour… Oh, ils transperçaient les branches, saupoudrant tout ce qu’ils touchaient d’éclats d’or. Avec les années, c’est resté la plus belle chose que j’aie jamais vue.
Au printemps, à l’époque… le vent était si doux, le ciel si bleu, et la mélodie de la cithare emplissait la cour de temps à autre. Chez nous, la musique a toujours été là. Du matin au soir, elle rythmait les couloirs et les moindres recoins, m’enveloppant comme une rivière. Mes parents – bénis soient-ils – savaient très bien que je n’avais pas la patience de passer des heures à travailler ma technique à la cithare. Yangyang, en revanche, était mon parfait contraire. Déjà petite, elle pouvait rester tranquillement assise tout le long d’un morceau, battre la mesure sur ses genoux, avec une concentration impressionnante pour son âge. Mais moi ? J’adorais courir dans les grands espaces pour danser. Un pas, une pirouette, me laisser porter par une rafale de vent au bon moment… Alors, j’avais l’impression de pouvoir prendre toute la splendeur de la nature dans mes bras. Rien n’était plus agréable que ça.
Le profil de Suisui a été mis à jour le : 14/07/2026