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Personnage
Le destin la privilégie sous un nom, et l'emporte sous un autre. Et pourtant, elle n'a jamais été vaincue, et n'a jamais abandonné. Admirez désormais la prêtresse rebelle. Témoignez ce qui la pousse à avancer, sans regarder derrière elle. Célébrez la façon dont elle traverse la toile complexe de la destinée pour devenir l'unique réponse.
[Extrait du registre des prêtresses, temple tétragone] Cette entrée concerne la 127e prêtresse du temple tétragone, connue sous le nom d'Iu▇. Elle est née sous la lune cuivrée. En tant que Résonatrice congénitale, ses yeux auraient le pouvoir de ▇▇▇▇. Sa marque taciturne se trouve sur le dessus de son pied gauche. Lorsque son Forte s'active, des assemblages d'énergie de ▇▇ à la forme des phases lunaires se manifestent autour d'elle. Le bout de ses cheveux devient translucide, émettant une lueur douce et presque impossible à distinguer du véritable clair de lune. L'analyse révèle que son énergie résonatrice est extraordinairement proche de la fréquence de la lune, présentant une modulation continue à phases. Notamment, il y a trois ans, son énergie résonatrice a semblé ▇▇▇▇. Elle est devenue capable d'An▇ et de Mani▇, lui permettant de façonner le clair de lune en flèches solides qui peuvent dévoiler les monstres marqués cach▇ dans la Marée noire. Quand nous avons archivé cette entrée, Madame Lillibet a demandé à ce que nous la vérifiions plusieurs fois. Étrangement, personne ne se souvenait de qui l'avait écrite en premier lieu. Et encore plus étrange, personne ne se souvenait de la prêtresse décrite ici. Une prêtresse aussi puissante qu'elle aurait-elle pu vraiment exister ? Curieusement, ce document inconnu semble avoir été écrit par le clair de lune en personne !
[Extrait du registre des prêtresses, temple tétragone] Cette entrée concerne la 127e prêtresse du temple tétragone. La forme d'onde de cette prêtresse demeure largement contrôlable, aucun signe de risque d'Overclocking. Cependant, nous avons observé de multiples interruptions à durée variable, accompagnées d'un déclin progressif et constant de sa fréquence. Cela suggère un possible état d'épuisement sur le long terme. La cause principale reste inconnue. Cette prêtresse a refusé d'autres examens et semble peu enthousiaste à l'idée d'avoir un dialogue plus profond à ce sujet. Il est clair qu'elle comprend bien mieux son état qu'elle ne le laisse paraître. Mais si cette forme d'onde continue de diminuer au-delà de l'intervalle contrôlable, ou même jusqu'à zéro… Qu'est-ce qui arriverait alors ? Est-elle vraiment sans peur ? Ou a-t-elle déjà trouvé un moyen d'intervenir ?
Le destin la privilégie sous un nom, et l'emporte sous un autre. Et pourtant, elle n'a jamais été vaincue, et n'a jamais abandonné. Admirez désormais la prêtresse rebelle. Témoignez ce qui la pousse à avancer, sans regarder derrière elle. Célébrez la façon dont elle traverse la toile complexe de la destinée pour devenir l'unique réponse.

Iuno - Tenue par défaut
Entre le croissant et le décroissant, le vide et le monde, le satin et l'or... La lune vagabonde, glissant à travers chaque saison. Seule elle défie toutes les mesures.
Iuno se réveille, comme si on la tirait de l'eau. L'air remplit peu à peu ses poumons. Les marches en pierre sous ses pieds sont froides et robustes. La moindre sensation la surprend. Trop vive, trop réelle. Disparaître, c'est ne laisser aucune trace. Le passé, le présent et tout ce qui aurait pu être... rien que le silence. Elle a déjà accepté ce prix et sa disparition. Alors que fait-elle encore ici, tel un vestige englouti ? En vérité, elle ignore même où elle est. Son environnement lui semble normal, mais exerce pourtant une attraction lente et lourde, comme si le temps pouvait s'arrêter à chaque instant. Mais le chemin sous ses pieds continue. Il est humide, fissuré, mais assuré. Alors elle marche. Chaque pas lui donne l'impression de marcher sur des ossements, l'enfonçant dans l'inconnu. Elle continue de marcher. C'était ce que Iuno faisait le plus, enfant. Elle marchait sur les pierres, la mousse, les pétales et même à travers les sources pétillantes. Elle n'avait jamais eu besoin d'une raison, ne chassait aucun but. Elle ne pouvait simplement pas rester en place. Le simple fait de penser à des endroits inconnus et de nouvelles choses suffisait à la rendre heureuse. Elle voulait tout ressentir. Sibylla, sa mère, était peut-être la seule personne à savoir réellement comment élever une enfant pareille, libre d'esprit, sauvage, mais jamais arrogante. Sibylla ne lui imposait aucune règle. Elle laissait Iuno faire ce qu'elle désirait et lui accordait une liberté totale. Il n'y avait jamais qu'une seule voie. Qu'importe celle choisie par Iuno, sa mère l'attendait au bout. Cette journée commença comme toutes les autres. La jeune Iuno monta les escaliers en courant droit dans les bras de sa mère. Sibylla se pencha pour la prendre dans ses bras, sa main à l'arrière de sa tête, la voix réconfortante. « Ma Iuno s'en est merveilleusement sortie, comme toujours. » Évidemment. Iuno cligna des yeux avec fierté. Cette grand-mère Lillibet avait dit qu'elle serait la plus grande Prêtresse que Septimont ait jamais connue. Mais... pourquoi juste une prêtresse ? Pourquoi ne pouvait-elle pas être douée dans un autre domaine ? À l'époque, Iuno manifestait toujours une curiosité pure et innocente pour les prophéties. Elle était trop jeune pour comprendre qu'être choisie par le destin avait un coût en soi. Mais le destin ne pouvait plus attendre. Le sourire de Iuno se figea. Elle vit sa mère se désagréger, s'effondrer. Sa peau se détachait comme de la cire fondue. Une noirceur la rongeait, mais ce n'était pas du sang qu'elle crachait. Elle était plus sombre et épaisse que la nuit, se projetant en avant comme si elle allait engloutir les yeux de Iuno à chaque instant. Elle recula et trébucha, puis ferma les yeux. C'était trop sombre, trop froid, trop proche. Elle s'accrocha à la manche de sa mère en tremblant. Puis elle se força à rouvrir les yeux. Tout était revenu à la normale. La vague du destin l'avait emportée sans prévenir. Elle s'était retirée tout aussi rapidement, ne laissant derrière elle qu'une infime trace. Elle n'avait de cesse de parler de ce qu'elle n'avait jamais vraiment vu ce jour-là, encore et encore. Et sa mère se contentait de lui sourire en lui caressant les cheveux. « Tout va bien ma chérie. Tu en as vu assez. » Puis, alors qu'elle tentait de la sauver, sa mère fut emportée par la Marée noire, noyée dans cette crasse sans fin. Ces mots réconfortants sombrèrent avec elle pour ne jamais refaire surface. Iuno se remémora cette journée ordinaire un nombre incalculable de fois. Quand la matière grise calcifiée avait-elle commencé à recouvrir le corps de sa mère ? Quand la noirceur avait-elle commencé à se déverser ? Était-ce la clé ? « Si j'avais su... aurais-je pu la sauver ? » « Et si... je n'avais pas fermé les yeux ? » La jeune Iuno se trouve à nouveau sur les marches en pierre et regarde en arrière. Elle ouvre grand les yeux, essayant de graver la partie manquante dans son regard. Mais même maintenant, dans le royaume dépourvu de réalité, elle ne voit rien. « Une dernière chance. » Sa voix est aussi faible qu'un murmure, comme si elle voulait disparaître dans l'air humide. Elle se parle peut-être à elle-même. Ou peut-être à quelque chose d'autre. « Donne-moi encore une chance... Laisse-moi la voir. » Mais le destin ne regarde jamais en arrière. Seul le chemin à venir existe, disposé tels des ossements, attirant une silhouette menaçante à chaque pas. C'est Iuno elle-même. Elle avance, pas à pas, traversant l'endroit où sa mère l'attendait toujours, vers la version plus jeune d'elle-même. L'attraction est presque paralysante. Bientôt, le silence pourrait retomber. Mais ce n'est pas grave. Il reste assez de temps pour une réponse. Elle a été tirée des profondeurs. Et lors de cette courte respiration, elle décide de tirer quelque chose en retour. Iuno s'agenouille. Les yeux de la fillette devant elle sont emplis de larmes, ses cils tressautent, comme s'ils risquaient de se refermer. Elle tend la main pour essuyer doucement ces petites paupières. « Alors, ne les ferme pas. » « Que'il fasse trop sombre, trop froid, ou que ce soit trop proche... Ne les ferme pas. » Soudain, le vent se lève. Il souffle de nulle part, à travers les flèches les plus hautes, les petits arbres, et s'arrête juste ici, sur les marches. Ce qui suffit à sécher le contour des yeux d'Iuno.
Encore une fois, Iuno se réveille, comme si on la tirait des profondeurs de l'eau. Depuis qu'elle a vu et répondu à la version plus jeune d'elle-même pour la première fois, Iuno vit ces étranges réveils de plus en plus souvent. Parfois, elle voit le passé. Parfois, elle se voit elle-même. Mais le plus souvent, elle les revivait telle qu'elle était, comme si ces souvenirs étaient le présent, se répétant encore et encore, jusqu'à ce que tout ralentisse, jusqu'à ce que le silence l'engloutisse entièrement, jusqu'au prochain réveil. Elle s'est habituée à ce cycle. Il commence presque à sembler naturel. Mais une absurdité discrète persiste. Personne d'autre ne se souvient de ces instants dépourvus de sens. Ils s'accrochent pourtant à elle, celle qui a choisi de disparaître. Elle seule est faite pour les porter dans ce cycle sans fin. Est-ce un cruel tour du destin ? Ou sa punition pour avoir disparu ? Mais il n'y a pas de réponse. Elle est de nouveau réveillée, ce qui signifie qu'un autre fragment du passé l'a rattrapée. Ce jour-là, la pluie était abondante et glaciale, mais cela n'avait pas empêché la foule de se rassembler dans le temple Tétragone. Elle était venue assister à l'arrivée du prodige annoncé par la prophétie, qui devait bientôt rejoindre les prêtresses. Ce jour-là, Iuno en apprit plus que jamais sur les prêtresses : stupeur, révérence et rumeurs folles. Certains prétendaient que les prêtresses pouvaient apercevoir la vérité absolue et découvrir la perfection ensevelie sous le désespoir lors de leurs derniers instants. Après tout, les prêtresses étaient plus proches du destin, de l'avenir, de l'inconnu et du bon chemin que quiconque. Cela suffisait à attiser la jalousie. Mais pour Iuno, la moitié de ces affirmations étaient mensongères. Et l'autre moitié, de faux espoirs. Car, la veille, alors qu'elle se détendait dans le jardin avec les autres pendant la nuit, elle avait assisté à la mort d'une prêtresse. Une colombe blanche s'était posée en dessous de l'ancien laurier, battant des ailes, couvrant à peine le bruit de sa respiration faiblissante. La prêtresse mourante se tourna vers elle et murmura faiblement : « Toi... tu n'es pas comme nous. Tu es née avec la capacité de voir. Alors, pars. Vois pour nous. » « Très bien, » répondit Iuno de façon presque inaudible. Ça, elle en était capable. Mais celle qui avait entendu sa promesse ne la verrait jamais la tenir. Et donc, même celles qui marchent aux côtés du destin, du futur et de l'inconnu ne sont pas toujours plus fortes que les autres. Elles ne peuvent pas toujours voir d'elles-mêmes comment finiront les choses. Et elles aussi cherchent une réponse. La prophétie est une chaîne et une clé. Iuno veut détenir la clé. Mais, si elle le peut, elle veut aussi briser la chaîne. C'est pour cela qu'elle a décidé de devenir prêtresse, mais sans être soumise aux attentes ou idéaux des autres. Ce jour-là, elle ne portait pas la robe de cérémonie, mais une ancienne tenue parée de satin et d'or. Non pas pour supplier le destin, mais pour oser le regarder dans les yeux. Elle s'avança, un candélabre dans la main. La foule se mit à murmurer. Un ancien, inflexible sur la tradition, grommela avec dédain : « Quelle insolence... Comment peut-elle manquer à ce point d'humilité ? » Iuno l'entendit. Et pour la première et dernière fois, elle répondit : « Celles qui voient n'ont pas à s'agenouiller. » Elle leva la tête. Ses yeux bleu-gris, éclairés par la lumière qui s'infiltrait par le dôme du temple, étaient affûtés comme des lames, et brillants comme s'ils attendaient de découper quelque chose. Après ce jour, elle commença sa longue et interminable fouille dans les vagues du chaos, plongeant dans l'inconnu à la recherche de clarté. Elle eut davantage de visions sur l'avenir. Elles étaient fragmentées, effrayantes et inéluctables. Elle transmit ces visions. Ceux qui les recevaient les considéraient comme des paroles sacrées, un espoir auquel s'accrocher. Mais Iuno n'était pas dupe. Ce n'étaient que des fragments, des bribes fugaces de destin s'immisçant entre les failles. Et plus elle en voyait, plus elle comprenait que ces visions étaient semblables à des lames. Si l'on s'en servait sans trancher quoi que ce soit, on finirait par se couper soi-même à la place. Depuis, Iuno n'a plus jamais refermé les yeux. Mais au fond d'elle, elle commence à ressentir quelque chose la taillader. C'est peut-être sa mémoire. C'est peut-être le nom par lequel on l'appelle. C'est peut-être simplement une partie d'elle qui disparaît chaque fois qu'elle observe le monde de trop près. Quoi qu'il en soit, elle n'a pas peur. Elle se dresse face au vent de Septimont, la pluie accrochée à ses cils comme des fils d'argent. Grand-mère Lillibet lui a une fois dit qu'elle était née pour tout voir. Ce qu'elle a fait. Mais elle veut désormais voir autre chose : Voir si elle est capable de partir loin de la lame et de vivre dans un autre but.
Tranquillité. Immersion. Solitude. Éveil. Dans ce cycle infini, Iuno se retrouvait parfois dans des moments qui n'appartenaient pas à son passé. Cette nuit, la lune était plus basse que jamais dans le ciel dénué d'étoile, si proche que Iuno semblait pouvoir la cueillir lorsqu'elle s'assit au sommet de la tour. Elle ne se souvenait pas s'être assoupie. Ou peut-être n'avait-elle pas dormi du tout. Peut-être s'était-elle simplement laissée porter par le clair de lune dans un doux mirage dont elle n'avait jamais osé rêver. Une vengeance silencieuse, peut-être, pour la flèche qu'elle avait autrefois tirée dans le ciel... et pour le défi qu'elle avait osé proférer à voix haute. Ici, il n'y avait pas de Marée noire. Pas de catastrophe. Seulement un étrange terrain familier. Les enfants couraient pieds nus sous le soleil matinal. Des volutes de fumée s'élevaient au crépuscule. Une fille de son âge se prélassait sur la branche d'un arbre fruitier, balançant ses jambes avec paresse. Son visage était serein. Elle semblait aussi libre qu'un poisson dans un océan baigné de lumière. Iuno pouvait presque voir son sourire se propager comme des ondulations à la surface d'une eau calme. « Tu vois ? lui dit la lune d'une voix douce et mielleuse. Ta vie pourrait être celle-ci. » Iuno garda le silence. Elle se contenta d'observer son alter ego saluer quelqu'un au loin, puis descendre prestement de l'arbre et faire voltiger sa jupe d'un geste espiègle. « C'est toi », murmura la voix. « Tel est le pouvoir des illusions. Elles nous permettent de voyager dans des contrées enneigées et des mers inconnues... De vivre des vies nouvelles. » Elle se retourna et fit face à la lune. Cette dernière n'était plus un simple ornement céleste. Elle ressemblait davantage à un grand œil évidé, toujours aux aguets. « Il ne te reste plus rien », répéta-t-elle d'une voix douce et ancienne, de la même manière que la lueur du feu lui avait jadis transmis une prophétie. « Alors, pourquoi ne pas rester ici ? Ce n'est pas réel, c'est vrai. Mais quel mal y a-t-il à ressentir un peu de joie ? Pourquoi te montrer aussi cruelle envers toi-même ? » C'est alors que le temps se mit à reculer. La fin. Le millième. Le centième... Le dixième... Le premier. Lorsque l'on recule suffisamment, que l'on franchit tous les seuils pour revenir au point de départ, l'intervalle entre ce dernier et nous n'est plus qu'une série de chiffres qu'il est facile de réécrire. Son alter ego traversa le champ en riant, une corbeille de fruits se renversant à ses pieds. La lumière du soleil enveloppa ses bras, tel un ruban. Son amie approcha en souriant. « Tu veux aller à la mer aujourd'hui ? » demanda-t-elle comme si c'était la chose la plus naturelle au monde. La lune lui murmura « As-tu jamais songé que tu es devenue ce que tu es parce que tu es liée par une prophétie depuis le début ? Que tu n'as jamais vraiment eu le choix ? Mais... et si tu l'avais ? » « Tu sais que ça n'est pas réel » répondit doucement Iuno en levant les yeux vers la lune, étrangement présente malgré le ciel bleu. « Et tu sais que tu ne peux pas faire machine arrière », répliqua-t-elle. Elle ne se montrait pas cruelle, simplement persuasive. « Tout ce qui t'appartenait est enfoui. Désormais, ta place est ici, pour toujours. » La lune s'interrompit. « Même maintenant, au cœur d'un mirage, tu refuses toujours de te laisser aller. D'oublier ton passé et d'accepter la possibilité d'une nouvelle vie. Quel entêtement exaspérant. » Iuno garda le silence. Elle posa les yeux sur la paume de sa main. Elle ne tenait plus d'arc. Seulement un bouquet de jeunes fleurs sauvages. Après une longue pause, elle esquissa un petit sourire en coin. « Et toi, tu es comme moi », souffla-t-elle. « Entêtée. » Elle posa à nouveau son regard sur son alter ego. La jeune fille déambulait désormais dans une rue animée. Elle s'arrêta devant la vitrine d'un magasin en riant, insoucieuse. « Te sens-tu seule ? » demanda la lune. Iuno pencha la tête sur le côté. « Peut-être... un peu », admit-elle. « N'aimerais-tu pas avoir quelqu'un avec qui partager cette solitude ? » « J'aurais l'air fragile. » « Dans ce cas, souhaites-tu oublier cette solitude ? » « Ce n'est qu'une autre forme de faiblesse. » « Et donc ? » Doucement, elle répondit : « Et donc, je l'accueille à bras ouverts. Je la porterai en moi à travers les nuits dont je serai la seule à me souvenir. » Elle entra dans la boutique, où la seconde Iuno ajustait sa chevelure devant un miroir. Iuno s'approcha, tendit la main et repoussa délicatement quelques mèches rebelles derrière l'oreille de la jeune fille, comme leur mère avait l'habitude de le faire. Après un instant, elle donna les fleurs à la seconde Iuno. « Tu es merveilleuse », lui dit-elle doucement. « Mais je ne suis pas toi. Je ne le suis plus depuis bien longtemps. » Sur ces paroles, elle se détourna et quitta la boutique, laissant derrière elle le mirage tissé par la lune. Le clair de lune étendit son ombre sur le sol pour, une dernière fois, tenter de la retenir. Mais Iuno continua sa marche. Lentement. Avec assurance. Sans se retourner. Derrière elle, la lune fit une ultime tentative. « Tu sais... » dit-elle. « Parfois... je te plains sincèrement. Tu es tellement entêtée. Tellement opposée au changement. » Qu'elle la plaigne donc. Peu lui importait. Après tout, la vie n'est qu'un jeu. Peu importe qui se tient derrière la table, elle compte bien gagner la partie. Chaque partie. Si elle a parcouru tout ce chemin, ce n'est pas pour abandonner maintenant. Pas même face à elle-même.
Pour la énième fois, Iuno se réveille, comme si on la tirait de l'eau. Elle est lasse de ce cycle vide et amer. Insensible à son passé. Mais elle ne peut s'arrêter, car elle comprend enfin où est sa place : au cœur du chaos, entre l'existence et l'effacement. Dans le monde d'où elle vient, son nom a depuis longtemps été érodé. Pour chaque créature de la Marée noire qu'elle ancrait, un fragment de « Iuno » disparaissait. Elle avait choisi cette fin. Une fin sans retour. Alors, elle continue. Dérivant d'un cycle brisé à l'autre, d'une vie à une autre au cœur du brouillard, elle finit par tendre la main. Et pour la première fois, la chaleur de quelqu'un d'autre rencontre la sienne. L'Inconcevable. Le premier être évoluant dans ce chaos qui n'était pas l'un de ses échos. {Male=Il;Female=Elle} la voit telle qu'elle est, suspendue entre le clair de lune et la Marée noire. « ... Iuno. » Tout change lorsqu'{Male=il;Female=elle} prononce son nom. {Male=Il;Female=Elle} se souvient. Et donc, elle aussi. Deux êtres défiant la loi de cet endroit, où les souvenirs ne devraient pas exister. Et soudain, le chaos ne lui semble plus infini. « Où m'emmenez-vous ? » L'Inconcevable marche à ses côtés. Sa voix est douce, telle l'eau caressant la pierre. Iuno sourit doucement. « Terminer quelque chose. Ou peut-être... prendre un nouveau départ. » Ils se séparent alors, pour ne se retrouver que sur le champ de bataille, là où tout a commencé. Là, sous une lune brisée, repose la marque de son sacrifice. Une preuve que le destin lui-même n'a pu effacer. Une maigre fissure par laquelle elle peut passer. « Si tu traverses, tu reviendras à cet instant. Grâce à {Male=lui;Female=elle}, tu pourras ancrer ton identité oubliée. Mais tout ce que tu as ancré par le passé, tout ce que tu souhaitais ancrer, devra l'être à nouveau, même le destin. Comprends-tu ce que cela signifie ? », s'entendit-elle dire. Ça ressemble à un avertissement. Ou de la persuasion. Iuno lève les yeux et fixe la lune. « ... Oui. » répond-elle d'un ton presque détaché. Elle arbore toujours cet air fier qui lui est caractéristique. « Je pensais autrefois que si je voyais davantage, je pourrais changer les choses. Que le savoir me donnerait du pouvoir. Mais plus je voyais, plus j'étais prise au piège par mes visions. » L'Inconcevable ne répond rien. Ses yeux la scrutent. Iuno lève la main. Les traces rémanentes de son passé s'assemblent en une forme unique, révélant une autre Flèche lunaire. Elle brille d'une lueur bleue argentée, tel le calme qui précède l'aube. « Cette fois, faisons les choses dans l'autre sens », annonça-t-elle en tirant la corde de son arc. Ses yeux ne trahissaient aucune peine, aucune rancœur. « D'abord, je vais m'ancrer moi-même. Ensuite, tout ce qui cherchera à fuir. Et après... J'irai voir quelque chose de nouveau. » Elle relâcha la corde. La Flèche lunaire brille de mille feux, suspendue devant le mur en ruines, telle la pleine lune. Le vent souffle, faisant voler ses cheveux, mais sa respiration reste régulière. L'Inconcevable aperçoit sa silhouette sur le mur et, pendant un instant, la lune semble se compléter elle-même. Lorsque la flèche prend son envol, aucun bruit ne vient briser le silence. La lumière jaillit de la lune brisée, s'écoulant à toute vitesse comme une marée inversée. Elle la submerge, la noie et la soulève dans un même mouvement. Les noms autrefois oubliés et les ombres jadis dévorées par le destin lui reviennent, ancrés à nouveau en un tir unique. Le temps passe. Lorsqu'elle sort enfin de ce vide aux possibilités infinies pour revenir à un monde de célébration, des pétales de fleur pleuvent du ciel. Près du feu, quelqu'un lève un verre de vin, attirant son regard. L'homme cligne des yeux, confus. « Vous êtes, hum... Comme c'est étrange. Je ne crois pas vous avoir déjà rencontrée, mais... est-ce qu'on se connaît ? » Iuno hausse les sourcils sans répondre, comme auparavant. Elle lève son verre et trinque avec lui. La nuit passée, plus personne ne se souvient de la fille qui a percé le destin d'une flèche. Mais à partir de cet instant, la lune d'Iuno n'est plus seulement une lune croissante et décroissante. Elle tourne encore et encore, non pas dans un mouvement répétitif, mais dans un mouvement de renouveau. Elle avait rédigé sa propre histoire dans le cycle. Et désormais, son histoire continuait, en constante évolution. À jamais sienne.
Un vide… J'ai été surprise quand j'ai entendu Madame Lillibet te décrire de la sorte pour la première fois. Nous autres, prêtresses, vénérons les flammes sacrées car elles nous offrent des révélations. Où qu'elles brillent, des ombres et des reflets émergent. Mais un vide… Serait-ce une barrière, ou peut-être un mensonge qui refuse d'être vu ? En tant qu'{Male=Inconnu;Female=Inconnue}, incarnes-tu l'imprévisibilité permanente ou un vide total ? Ce n'est que maintenant, en faisant route avec toi, que je comprends. Qu'il n'y a rien d'obscur là-dedans. Il est comme le Chaos, mais un peu différent. Il y a de nombreuses possibilités dans ce vide qui attendent d’être choisies.
Voir est facile. Mais affronter ce que l'on voit ne l'est pas. Voir l'avenir peut être une bénédiction, mais savoir ce qui arrive et ne pas pouvoir l'empêcher est une malédiction. Pourtant, je refuse la fin annoncée. Il faudrait être bien faible pour regarder tout s'effondrer et ne rien faire… Je dois essayer de changer les choses. Même si pour cela, je dois regarder encore et encore la même vérité atroce. Même si cette lutte ne prend jamais fin. Même si je ne fais qu'une petite brèche dans le destin.
Que se passerait-il si je perdais cette flèche… ? Bon, je savais un peu à quoi m'attendre. Mon existence… pourrait disparaître complètement, ou s'effacer de la mémoire des autres. Durant ces années où j'ai utilisé la Flèche de lune pour marquer et révéler les créations de la Marée noire, je l'ai vécu trop de fois. Les coûts étaient toujours moindres, et les réactions à peine visibles. Tout au plus, les souvenirs que les gens avaient de moi devenaient flous pendant quelques jours, et je devais leur rappeler qui j'étais… Ça, je peux le supporter. Et pouvoir réécrire toute la fin à un tel prix ? C'est plutôt avantageux dans tous les cas, non ?
Le profil de Iuno a été mis à jour le : 14/07/2026