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J'ai perdu toute notion du temps. Tout n'est plus qu'un compte à rebours, désormais.
Je n'ai pas encore vu la tempête de néant, mais les archives royannes m'ont beaucoup appris. Elles parlent de survivants. Comment quiconque peut-il y survivre ? Où se trouve la ligne qui décide ce qui est effacé et ce qui demeure ?
Argh... ma fièvre ne baisse pas. Je ferais mieux de laisser ces tracas de côté pour aujourd'hui.
Pourquoi est-ce qu'à chaque fois que je me détends, le souvenir des membres de la tribu royanne à mon arrivée me revient ?
Je les ai vus vivre au côté de l'Exonuée et travailler avec des outils simples. Je les ai vus observer le ciel étoilé et d'étranges phénomènes à l'œil nu, calculant avec patience, étape par étape, synthétisant des schémas.
La nuit venue, ils prenaient place autour d'un feu de camp. Personne ne s'attardait sur les problèmes de la journée. Ils se préparaient pour le lendemain, tout simplement, puis chantaient une étrange mélodie, simple et répétitive, comme s'ils parlaient à Lahai-Roi. Ou peut-être était-ce leur façon de se donner du courage.
En regardant la lueur des flammes danser sur leurs visages, vieux comme jeunes, je fus pris d'une profonde confusion.
Dans notre civilisation « avancée », nous cherchons à dompter la nature grâce à la technologie, à éliminer toute incertitude et toute souffrance. Lorsque le progrès stagne, nous désespérons, allant jusqu'à trahir nos principes moraux pour parvenir à une avancée décisive. Nous croyons que la dignité humaine réside dans la « conquête ».
Mais pour les Royans... Même lorsqu'une « petite » tempête anéantit tout ce qu'ils ont mis tant d'efforts à construire, ils ne désespèrent pas. Leur dignité n'a rien à voir avec la « conquête ». Ils préfèrent choisir le silence. Encore et encore, ils plient leur corps, mesurent de leurs pieds la terre brisée, et repartent de zéro.
Autrefois, je méprisais cette lutte « inefficace ». Je la voyais comme le signe d'une civilisation non progressiste. Mais aujourd'hui, mon cœur est empreint de... respect.
Ressentir un tel sentiment de contradiction me dévore de l'intérieur. Si la « science pure » que j'ai cherchée toute ma vie n'a fini par me mener que vers la trahison et le nihilisme, où est sa pureté ? Ces peuples tribaux, qui ne connaissaient rien de la « science », ont trouvé une pureté autrement plus fondamentale à travers leur existence : la volonté de lutter et de vivre, peu importe combien de fois ils doivent se relever.
Et donc, me voilà, moi le professeur dédaigneux, ramené à la réalité. Je suis poussé au suicide par « l'impureté » de mes idéaux, tandis qu'eux, les mains dans la boue, se battent pour vivre. À travers cette lutte, ils incarnent la pureté véritable de la vie.
Dehors, la pluie gagne en puissance, comme leurs chansons... Une fois que ma fièvre sera retombée, je partirai. Il faut que je me rapproche de la tempête de néant, que je la comprenne davantage. Mon vieil ami droïde est peut-être cassé, mais je peux encore tout enregistrer.
Si je me souviens bien, il devrait y avoir un camp de parias non loin.