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Quarante-huit heures se sont écoulées. Je doute qu'ils nous trouvent maintenant.
Tu as fait du bon travail, mon vieil ami. C'est ici que ton aventure s'arrête. Je n'aurais jamais pensé tomber sur un Saccageur à dents de sabre. Sans les outils adaptés, impossible de te réparer.
À l'origine, je voulais que tu enregistres les effets de mon entrée dans la tempête de néant sur le corps humain et l'environnement, puisque tu transmettais ces données au Collectif Trek-spatial. La dernière once de dignité d'un lâche.
L'Académie trouvera la note dans ma chambre bien assez vite. Oui, le terme de cette aventure est la mort. J'ai l'intention de laisser la tempête de néant revendiquer ma vie.
Quelqu'un trouvera peut-être ce journal longtemps après ma mort. Qu'il fasse office d'adieux à votre égard, étranger.
Pardonnez-moi de partir sans adieu digne de ce nom. Comprenez qu'il ne s'agit pas d'un coup de tête, mais d'un ultime compromis après une longue et pénible lutte.
En tant que chercheur, la science était autrefois ma foi, je croyais que la poursuite du savoir était la plus noble des missions de l'humanité. Mes recherches m'ont permis d'entrevoir la beauté incommensurable de l'univers. Sur mon tableau, les élégantes équations semblaient me guider vers la porte du progrès.
Mais peut-être chaque époque est-elle condamnée à affronter le même destin funeste. Les chercheurs croient qu'ils se tiennent sur les épaules de titans, jusqu'à ce qu'ils baissent les yeux un beau jour et constatent qu'ils surplombent les ruines de leur propre idéalisme. Échec après échec après échec... Était-ce là ma limite depuis le début ?
C'est alors qu'un collègue est venu me voir. Il disait pouvoir m'aider à dépasser mes limites techniques, à la condition que tout se fasse dans le secret. Plus tard, j'ai appris que c'était un espion des Fractsidus. Le jour de sa capture, il n'a pas soufflé un mot de notre collaboration. Il m'a simplement quitté avec un sourire. Pourquoi souriait-il ? Car j'étais le suivant ? Ou parce que je n'étais plus l'homme que j'étais autrefois ? À ses côtés, j'avais déjà franchi des lignes qui violaient l'intégrité scientifique.
Ma perception de la pureté de la connaissance avait été corrompue depuis longtemps. Lorsque mes collègues vantaient mes louanges lors de conférences académiques, mon estomac se révulsait. Leur admiration était la preuve de ma trahison envers la science.
Il ne me reste plus que la mort, désormais. Mais bien que mon âme soit souillée, j'aimerais laisser une dernière maigre contribution avant de partir.
La tempête de néant. Personne n'oserait y pénétrer de plein gré. Si quelqu'un le faisait... cela permettrait sans aucun doute de glaner des données vitales.
Je ne cherche pas le pardon ni ne m'attends à être compris. J'espère simplement que mon départ se transformera en un questionnement qui s'attardera dans l'esprit de ceux qui croient encore à la pureté de la connaissance...
La mort n'offre qu'une seule chance. Il ne faut pas que je la gâche. D'abord, je dois observer la tempête de néant. Tant que je ne serai pas prêt à y entrer, je logerai peut-être chez la tribu royanne.