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[De larges passages du carnet sont illisibles, rongés par une force inconnue. D’après les quelques fragments qui subsistent, tu devines qu’il s’agit du journal d’une jeune fille de Royan, nommée Lotta.]
...
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Tout a disparu. Tout.
J’ai tellement cherché là où se trouvait l’ancien village… Tout ce que j’ai trouvé, c’est un petit bout de fourrure brûlée, une touffe de plumes… et la moitié d’un bec. Papa, maman, tous ceux du village, mes amis… ils ont juste disparu.
Quelque chose m'observe. Je ne veux plus fuir.
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Ça m’a pris un temps fou pour réapprendre à parler. Et encore plus longtemps pour oser ouvrir ce journal.
La femme qui m’a sauvée de ces monstres s’est présentée comme prof à l’Académie Brandétoile. Elle est belle, mais elle n’a rien à voir avec les gens de notre village. Elle m’a dit que j’avais un type de Forte rare, un truc qui fait de moi une «Synchroniste potentielle».
Je lui ai raconté tout ce qui s'était passé au village. Je lui ai demandé : est-ce une bénédiction de Baldur ? Ou la plus cruelle malédiction qu'Hvedrungr ait jamais conçue ?
Elle est restée silencieuse un instant. Puis elle m’a confié que sa propre patrie avait été engloutie par un désastre similaire. Elle avait traversé un océan si vaste que je n’arrive même pas à l’imaginer, tout ça pour trouver un moyen de sauver le monde de ce destin. Elle m’a demandé de rejoindre l’Académie. « Que ce soit une bénédiction ou une malédiction, m’a-t-elle dit, ton pouvoir pourrait être la clé qui ouvrira la porte de notre avenir. »
...Mais je n'ai plus rien. Même si Baldur est derrière cette porte, il ne pourra jamais me rendre ce que j'ai perdu.
...
Je suis repassée chez ma grand-mère pour lui dire au revoir et la remercier de tout. Je lui ai dit que je partais à l'Académie.
« Nous, les Royans, on grave nos mots dans la pierre », a-t-elle dit, d'une voix toujours aussi bienveillante, « pour qu'Hvedrungr ne puisse pas effacer notre existence. Et les gosses de l'Académie, eux, ils utilisent ce qu'ils appellent des "cassettes" pour faire pareil. À mon avis, toi, tu vas juste ailleurs… pour sculpter ta propre statue. »
« Tant que la mémoire demeure, l'âme aussi. »
Une fois à l’Académie, j’ai relu ce carnet de bout en bout. Papa, maman, Fenrir, Dallas, Bori… Grand-mère ne se trompait pas. Ils sont encore vivants, ici, dans ces pages, et au creux de ma mémoire. Sans même le savoir, je suis peut-être devenue une statue vivante, couverte de leurs noms.
Je porterai leurs âmes avec moi, où que j'aille. Je le promets.
...
Tempêtes de néant. Rien que le nom est terrifiant.
J'ai passé ma vie à essayer d'échapper à son ombre. C'est l'un des tentacules venimeux d'Hvedrungr, entraînant tout ce que j'aime dans le néant. Je pensais... je pensais vraiment avoir appris à l'ignorer.
Mais en la voyant réapparaître, j’ai compris une chose : toutes ces années d’études n’étaient qu’une préparation pour cet instant précis. Sans cesse, j’ai poussé mon Forte jusqu’à sa limite, à deux doigts de l’overclocking. Et maintenant, je comprends enfin. Je suis prête.
Comme la professeure l’a dit, moi seule, avec mon Forte, je peux sauver ce village de la disparition totale. Je n’ai pas pu sauver ma propre maison à l’époque. Mais cette fois, je ne resterai pas les bras croisés à regarder les ténèbres emporter ceux que j’aime.
Il est temps d'y aller.