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Ce soir-là, la fête du village de Xianling battait son plein, et j'ai eu la chance d'entendre un vieil air de Xuanling interprété sur scène.
C'étaient juste des mots, sans images, mais ça m'a vraiment marqué.
J'ai entendu les artistes sur scène entonner :
« Nuit de pierre morne. Les nuages noirs s'amoncellent.
Au ciel, deux lunes sœurs se disputent l'espace, jetant leur clarté sur des bannières déchiquetées.
Devant les Falaises des Nuages, le vent gémit,
et les lanternes de la Forteresse Yuan éclairent les armures d'acier.
Xuanling voltige, gracieux, sur la longue digue.
À travers mille portes, des myriades de foyers s'évanouissent.
Qui donc s'engage sur la route de Mengzhou ?
Qui demeure en retrait, refusant d'abandonner ?
J'ai cru revivre cette nuit vieille de cent ans : les soldats, résolus, campés devant la forteresse ; le peuple, s'arrachant à sa terre natale ; les mères, berçant leurs tout-petits contre elles ; les pères, retenant la main de leurs fils.
Les uns sont peut-être partis pour ne jamais revoir les Terres de Xuanfang, tandis que les autres ont refusé l'exode, préférant y laisser leur vie sur cette terre qui les avait nourris.
…
Tandis que les roulements de tambour s'amplifiaient, le chœur, sur scène, atteignit enfin son paroxysme :
« Mille tours s’écroulent, creusant la terre de gouffres sans fond ;
Cent ponts volent en éclats, ouvrant au ciel une plaie béante.
Sous la pluie de feu de Xuanfang, la lune se voile de cendres,
Et les hurlements de dix mille âmes font tressaillir les steppes dévastées. »
Mais soudain, toutes les voix se sont tues.
L'instant d'après, une voix de femme, claire et nette, s'est élevée seule :
« Les remparts de la Forteresse Yuan restent inachevés.
Les mécanismes de la cité ne sont que poussière.
Xuanling y contemplait jadis,
Les enfants chassant les lanternes,
Les vieux écoutant le crépuscule.
Hier, mille foyers tièdes ,
Ce soir, dix mille dépouilles froides. »
Son doux fredonnement s'effaça, tel un éclair silencieux — l'air se figea autour de nous, et nos cœurs en furent retournés.
Enfin, le chœur reprit peu à peu, offrant à cette nuit une longue coda qui s'attardait.
« Xuanling chute, et l'abîme s'éveille.
D'innombrables Tacets-Discords se fondent dans les ténèbres.
Les ossements fidèles d'une cité, enfouis dans la nuit sans fin ;
une demi-lune solitaire luit sur la cour déserte. »
…
Post-scriptum à la fin du texte :
Lorsque j'achevai ce texte, je venais tout juste de rentrer à Mengzhou, de retour du village de Xianling. Pourtant, aujourd'hui, ce voyage remonte déjà à plus de dix ans.
Encore aujourd'hui, je garde en mémoire les mots des anciens du village, au soir de cette veillée : si jamais vous entendez des pépiements de moineaux au cœur de la nuit, ne vous y trompez pas ; ce n'est pas le vent, mais les moineaux de Xuanling qui, du fond de l'abîme, tournent leurs regards vers cette terre.