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Mesdames et messieurs, laissons de côté pour aujourd’hui les récits de la Sentinelle, et laissez-nous vous conter l’étrange et merveilleuse histoire qui advint, il y a cent ans de cela, dans les Terres de Xuanfang.
Notre récit prend racine en des temps révolus. Dans les Terres de Xuanfang, sur le Mont Fang à l'ouest, vivait une famille du nom de Bi, dont le fils unique répondait au simple prénom de « Zhong ». Dès son premier souffle, Bi Zhong tranchait avec les gamins de son âge : là où ses camarades passaient leur temps à courir après la Roule-écaille et à embêter les loutres d’Opus, dans un vacarme du matin au soir, lui demeurait d’un calme olympien, toujours en retrait. Sa seule occupation, au fil des jours, consistait à s’accroupir contre les murs de pierre pour démonter des serrures en bois.
Le temps fit son œuvre et, en vingt hivers, notre Bi Zhong devint un homme solide comme une tour de fer. Haut de huit pieds, les épaules larges, taillé dans le roc, il arborait un visage sévère. Jamais il ne souriait, et jamais il ne parlait à la légère. Sa vieille mère disparue, il ne lui restait guère d'âme à qui confier le fond de sa pensée. Pourtant, le prendre pour une brute épaisse serait une lourde erreur !
Bi Zhong avait un don inné pour l’art des mécanismes. Là où un artisan mettrait quinze jours à éplucher des plans, lui décelait du premier coup d’œil les défauts de structure et d’assemblage. Aussi complexes que fussent les matrices et les reconstitutions, il les façonnait avec une aisance confondante. De surcroît, sa volonté était inflexible, et ses convictions, d’une profondeur inégalée sur tout le mont Fang, à l’ouest. Une fois ses plans tracés, il les considérait comme infaillibles et affrontait les obstacles de front, sans l’ombre d’une hésitation.
Vous ne le savez peut-être pas, chers auditeurs, mais ces magnifiques « Ateliers célestes », qui se dressent fièrement entre les pics du mont Fang, à l'ouest, sont en fait étroitement liés à ce même Bi Zhong !
Or, en ce temps-là, sur le mont Fang, à l'ouest, le pivot central du « Corridor segmenté » — qui servait de porte d'entrée aux Ateliers célestes — vacilla brusquement ! Une pluie de briques et de pierres s'abattit, tandis que l'édifice, désormais branlant, menaçait de s'effondrer d'une seconde à l'autre. S'il venait à crouler, d'immenses poutres de bois, des blocs de jade et des amas de métal dévaleraient la pente pour s'écraser sur les villages en contrebas, semant la panique parmi les habitants, contraints de fuir éperdument au milieu d'un flot de cris.
En ce moment décisif où tout ne tient plus qu'à un fil, quel sort attend le peuple du Mont Fang, à l'ouest ? Et que peut vraiment accomplir Bi Zhong face à une telle menace ? La réponse dans le prochain épisode !
Précédemment, nous vous contions comment le Corridor Segmenté vacillait au bord du gouffre, annonciateur d’une catastrophe imminente. Tandis que la foule s'égaillait en panique de tous côtés, un homme, seul, remonta le courant, marteau sur l'épaule et madriers sous le bras. D’un pas lourd mais résolu, il fonçait tout droit vers le pilier central qui vacillait sous le poids ! Cet homme n'était nul autre que Bi Zhong !
Parvenu devant le pivot maître, il en jaugea la solidité d’un seul regard. Il savait d’emblée que la structure était irrécupérable ; il ne pouvait qu’espérer gagner du temps, voler quelques précieuses secondes à ceux qui fuyaient. Bi Zhong devait, à la force du poignet, repousser l’axe principal dévié, puis le caler avec d’épais madriers. Mais la pièce était si massive, et chauffée à blanc par les frottements, qu’elle rougeoyait tel un tison sorti de la braise !
Parvenu devant le pivot maître, il en jaugea la solidité d’un seul regard. Il savait d’emblée que la structure était irrécupérable ; il ne pouvait qu’espérer gagner du temps, voler quelques précieuses secondes à ceux qui fuyaient. Bi Zhong devait, à la force du poignet, repousser l’axe principal dévié, puis le caler avec d’épais madriers. Mais la pièce était si massive, et chauffée à blanc par les frottements, qu’elle rougeoyait tel un tison sorti de la braise !
Fort de cette détermination hors norme et de sa connaissance intime du bâti, il s'acharna une heure durant. Il remit l'axe principal en place et cala les lourds madriers dans la brèche. Une rustine de fortune, mais qui leur valut trois heures de répit !
Ces trois heures de répit offrirent aux habitants du versant ouest du Mont Fang la possibilité de fuir. Cependant, une fois la catastrophe passée, lorsque les rescapés revinrent fouiller les décombres, ils n'y trouvèrent que quelques fragments de métal épars. Bi Zhong, quant à lui, avait disparu.
Dès lors, les habitants du mont Fang, à l’ouest, reconnaissants de sa générosité, lui décernèrent le titre de « Fils de l’Impassible Vertu ». Un « Fils » solitaire, marchant parmi nous, demeurant « Impassible » face au péril, et incarnation même de la « Vertu » par son sacrifice pour son peuple.
Certains murmuraient que Bi Zhong n'avait pas péri. Qu'il avait émergé des ruines et rencontré un groupe de maîtres ermites. Reconnaissant la noblesse de ses actes et l'étendue de son talent, ces sages lui auraient enfin permis de trouver des âmes sœurs.
Pourtant, le temps a changé les mers en champs de mûriers, et ce récit a déjà cent ans. À ce jour, la vérité derrière la légende du « Fils de l'Inébranlable Vertu » et l'endroit où il se trouve... nul ne le sait.